Thu May 18, 2017 11:17AM
Le capitaine russe Alexander Shvarts sur le croiseur lance-missiles Moskva au large de la Syrie, en décembre 2015. ©AFP
Le capitaine russe Alexander Shvarts sur le croiseur lance-missiles Moskva au large de la Syrie, en décembre 2015. ©AFP

Il y a quelques jours, le ministre israélien du Logement a très clairement appelé à l'élimination physique du président syrien. Cet appel au meurtre constitue, selon des analystes, un défi que lance Israël à la Russie de Poutine. 

Comme prévu, le régime israélien n'a pas attendu longtemps pour commencer ses tentatives de sabotage contre l'accord que la Russie a fait signer avec l'Iran et la Turquie et qui stipule la formation de quatre zones de désescalade à travers la Syrie.

Cet accord prévoit une trêve à Idlib, Homs, dans la Ghouta-orientale ainsi que dans le sud syrien. Le ministre Yoav Galant, lui même cible de critiques les plus revêches, pour avoir étendu la colonisation des territoires palestiniens, n'a pas mâché ses mots: il a exigé à l'occasion d'une exposition sur les armements israéliens qu'Assad soit assassiné.

Mais l'Iran n'est pas resté à l'abri: Galant, en reprenant mot à mot une formule déjà entendue de la bouche des Saoudiens, a souligné: " Il est grand temps qu'Assad soit assassiné car il y a là, un prélude pour couper la tête à la vipère iranienne." 

Cette imitation verbale est pour bon nombre d'analystes le signe d'un rapprochement militaire et sécuritaire inédit entre Riyad et Tel-Aviv, rapprochement qui pousse les deux parties à se copier l'une sur l'autre. Rappelons en passant que le régime saoudien mène depuis une dizaine de jour une opération sanglante de démolition systématique contre les localités chiites de l'est saoudien, à l'image de l'armée israélienne et de ses actions à Gaza.

Les commentateurs font remarquer d'ailleurs la colère avec laquelle la délégation saoudienne a claqué la porte des pourparlers d'Astana 4, à l'annonce par les Russes de la signature du plan sur les zones de désescalade.

Si les Saoudiens ont fini par y donner leur consentement, c'est parce qu'ils y ont été amenés par la force des choses. Quand la Russie a déclaré avoir obtenu de la partie turque et iranienne leur aval à la création des zones de désescalade, tout le monde a pensé à ce que serait la réaction israélienne.

En situant l'une de ces quatre zones dans le sud de la Syrie, Israël, croyaient les Russes, aurait dû être content parce qu'une zone "sécurisée à ses portes" signifierait dans les faits plus de sécurité et moins de danger.

Mais les événements ont pris une autre tournure. Les propos du ministre israélien du Logement trahissent une volonté qui va à rebours de toute tentative de paix. En effet, Israël est déterminé à se créer "un périmètre de sécurité" dans le sud de la Syrie, périmètre qui lui permettrait de suivre en toute quiétude sa politique d'exploitation de terre, de ressources de richesses des États voisins.

De plus en plus proche de Riyad, Tel-Aviv semble donc avoir décidé de ramer à contre courant des Russes et de pêcher en eaux troubles des relations de plus en plus tendues de l'Arabie saoudite avec l'axe de la Résistance. Une Arabie saoudite qui attend des miracles de l'imminente visite de Trump à Riyad. 

L'attaque chimique contre Khan Cheikhoun qu'Israël a attribuée "gratuitement" au gouvernement syrien, a déclenché des frappes balistiques US contre la Syrie et une escalade des tensions US/Russie en Méditerranée sans pour autant réussir à déclencher la confrontation directe de part et d'autre. A présent, c'est l'affaire de la prison de Saidnaya qui titille les Israéliens. De concert avec les "mécontents de l'accord Astana 4", Israël accuse donc Damas d'avoir exécuté les prisonniers politiques de Saidnaya et brûlé leurs corps, allant jusqu'à appeler au meurtre d'Assad.

Ce faisant, Israël croit défier les Russes qui, eux, ont affirmé à plus d'une reprise leur attachement à la fois à l'intégrité territoriale de la Syrie et à ce que l'impérialisme américano-israélien ne finisse pas par engloutir les États-nations de la région.

Alors Moscou va-t-il apprécier le mépris affiché par Tel-Aviv à l'encontre d'Astana 4? N'y a-t-il pas le risque pour Israël de voir la Russie renforcer son appui à l'axe de la Résistance ?