Thu Apr 20, 2017 12:26PM
La flotte russe en Méditerranée non loin du port de Tartous. (Archives)
La flotte russe en Méditerranée non loin du port de Tartous. (Archives)

Les États-Unis cherchent à piéger la Russie dans le dossier syrien. Mais Poutine va-t-il se laisser avoir ? 

L’administration Trump prépare un scénario en quatre actes en Syrie et espère pouvoir faire en sorte que la Russie s’y rallie, quitte à l’éloigner de l’axe de la Résistance. À en croire l’Associated Press, « le premier acte consisterait à anéantir Daech et, en ce sens, un déploiement des forces US aura lieu dans ce pays uniquement pour faire plier Daech ». Interfax reprend cette partie de l’information et souligne le fait que « les États-Unis ont déjà annoncé ne pas avoir l’intention d’envahir la Syrie pour écarter Bachar al-Assad ». 

Le second acte du scénario syrien des États-Unis chercherait à faire signer une trêve entre le gouvernement d’Assad d’une part et les « groupes rebelles et armés » de l’autre. Le plan évoquerait aussi la création de « zones sécurisées provisoires », et le terme provisoire apparaît pour la première fois dans le discours américain. La formation de ces « zones », à en croire l’Associated Press, « impliquerait aussi le gouvernement syrien ». Le stratagème est très subtil puisque le fait d’impliquer l’État syrien dans la création de ces zones empêcherait ce dernier d’activer ses batteries de missiles S-300 et S-400 contre les chasseurs américains et de les abattre. Ces zones sécurisées, selon la volonté de Washington, devraient être administrées en fonction de la confession des habitants : ainsi les provinces peuplées majoritairement par des Arabes sunnites iront aux Arabes sunnites, les provinces à majorité kurde, aux Kurdes. Pendant cette phase, la Syrie, ainsi répartie en petites provinces autonomes, sera dirigée par un gouvernement « provisoire ». 

Ce gouvernement provisoire se transformera ensuite en un gouvernement de transition et c’est là le troisième acte du scénario US. Mais ce gouvernement de transition ne devra pas avoir pour chef Assad. Le président syrien devra ainsi jeter l’éponge de gré ou de force. Mais comment évincer Assad du pouvoir ? L’administration US a deux solutions : ou bien il partira volontairement ou bien on le menacera de poursuites judiciaires pour crimes contre l’humanité. Le troisième acte ne prévoit pas d’autre option et prend pour argent comptant la capitulation d’Assad qui « irait se réfugier soit en Iran soit en Russie ». Mais ces deux pays, accepteront-ils de lui accorder l’exil ? Pour les Américains, la réponse est oui, à condition que la Russie et l’Iran puissent obtenir les garanties nécessaires qu’Assad ne sera pas jugé. En attendant, la Maison-Blanche n’écarte toutefois pas un renversement d’Assad ou son assassinat. 

Selon l’Associated Press, Rex Tillerson, en visite à Moscou, aurait affirmé à son homologue russe que son pays préférerait un départ volontaire d’Assad sans effusion de sang. 

Mais le scénario concocté par les généraux qui entourent Trump comporte aussi une phase d’après la transition qui traite de la présence militaire russe en Syrie. En dépit de nettes divergences avec Moscou, les États-Unis n’écartent pas la nécessité de coopérer avec la Russie, car sans les Russes il est impossible de mettre fin à la crise syrienne en raison de la forte influence de Moscou en Syrie. Reste à savoir si la Russie acceptera un tel marché après six ans d’efforts censés éviter un démembrement de la Syrie pour assurer les intérêts russes au Moyen-Orient.